Un invité sur le tournage Regarde-Moi en Allemagne

Fin septembre, à l´occasion du premier tournage Regarde-Moi en Allemagne, {accolade} invitait Max, 24 ans et étudiant de philosophie, à découvrir les dessous d´un film documentaire.

Pendant trois jours, Catherine, réalisatrice, Susanne, camerawoman allemande, et Camille, correspondante {accolade} sur place, filmaient le quotidien de Reiner Köhn, un retraité berlinois typique vivant en coloc, membre d´un groupe d´art et actif dans un jardin partagé. A 58 ans, Reiner a beaucoup de chose à dire sur son handicap mental. Comment s´y prendre pour collecter ses propos lorsque les associations d´idées sont inattendues ?

Max vous livre ses impressions dans cet article :

J’ai eu peu de rencontres avec des personnes en situation de handicap mental. Je me souviens parfaitement la fois où j’ai été utilisé pour faire face à l’agression physique d’un jeune autiste de 14 ans. Mais je ne crois avoir aucun autre souvenir.

C’était très intéressant pour moi de passer trois jours avec {accolade} et le protagoniste du documentaire : Reiner, un Allemand âgé et porteur d’un handicap mental.

Je suis resté hors champ, bien entendu. C’était un jeu très amusant d’éviter la caméra le premier jour dans le jardin de Reiner, qu’il utilise comme un espace de jeu avec ses amis.

 

Le deuxième jour, un vendredi berlinois froid et gris comme on les déteste s’est finalement transformé en révélation. Nous étions invités dans la maison de Reiner pour faire une interview et continuer le tournage.

La lumière était loin d’être optimale. Il y a eu des jurons français jusqu’à ce qu’on trouve finalement une disposition acceptable pour l’équipe de tournage.

 

L’interview commence enfin, et c’était fichtrement bien !

 

 

 

Chaque personne, indépendamment de son éducation, de son lieu de naissance ou de quoi que ce soit d’autre, a des intentions quand elle parle avec quelqu’un d’autre, même si c’est inconscient.

Il y a des sujets que l’on souhaite plus ou moins aborder, des informations qui semblent plus importantes que d’autres, des tabous que l’on souhaite éviter, des choses dont on est fier ou dont on a honte.

Il y a des choses dans notre esprit qui ne sortent que dans des situations précises: en parlant à un ami proche, à la famille ou sous l’effet de certaines substances.

C’est normal, cela fait partie de notre quotidien. Pour Reiner, c’est la même chose que pour vous et moi. 

Oui, c’était parfois difficile de le comprendre à cause de la prononciation (mais c’est pareil avec une multitude d’accents que j’ai pu entendre à travers le monde) et de ses associations d’idées qui ne sont pas toujours évidentes pour l’auditoire.

Mais l’origine de la communication nous est commune. Il est fier d’avoir écrit un livre, il est en colère contre les discriminations et il est malheureux de voir sa mère et son frère mourants.

Il est ouvert sur l’évolution des façons de considérer le handicap. Mais la relation physique avec les femmes est un tabou. Les préoccupations quotidiennes sont simplement modifiées par une situation singulière. Rien de moins, rien de plus.

Assis là, loin de la caméra, j’écoutais. Je me dis : “ il est humain, la différence est superficielle. Il essaie de vivre sa vie de la meilleure façon possible. Pourquoi ces discriminations ? ”

Maximilian Zauner
traduit de l´anglais par Léna Djaiz

 

Merci à Reiner, ses colocs, Max, Birgitta, Nicola, Valeria, Christian… tous les amis du Kunstgruppe dans le jardin partagé de Moabit et tous les autres qui nous ont aidé et soutenu.

version originale en anglais : 

I have had very few actual encounters with people with mental disabilities. I distinctly remember one where I was used as an object to vent some pent up physical aggression in the underground by a young person of about 14 with presumably some form of Autism, but other than that I can honestly not remember even one more. It was therefore an intensely interesting three days with {accolade} and their subject of filmographic study: an older German with a mental disability by the name of Reiner. I was to stay out of the camera lens of course, which proved to be a fun little game of chicken on the first day in the garden Reiner uses as recreative ground with his friends.

The second day, a cold and grey Berlin Friday most people living in the city tend to hate was to turn out to be an eye opener. We were invited into Rainers home to do an interview and do some more filming. The lighting was…let’s just say less than optimal. There may have been some light swearing in French until we finally managed to get the setup in a way that was acceptable to our film experts. But then the interview began in earnest and it was pretty darn good.

All people, regardless of their upbringing, place of birth or any other factors have agendas when talking to each other, even if they aren’t aware of them. They have topics they want to talk about more, information that’s more important to them than other information, they have taboos they don’t want to talk about at all and things they are proud or embarrassed of. We have stuff on our minds that only comes out in certain situations: maybe while talking to our best friends, family or under the effects of certain substances. It is normal, part of our every day life. And Reiner was the same: just like you, just like me. Yes, it was sometimes difficult to understand him because of his pronunciation (but the same would’ve applied to many accents I have heard all over the world) and the connections he obviously had in his mind but which weren’t fully clear to those listening, but the basis of why he communicated was the same. He is proud of having written a book, he is angry at people discriminating him and he is sad about his mother and brother dying. He is open about how people with disabilities were treated in past times and today and he is closed about his physical relationship with women. Everyday concerns modified by his specific situation. Nothing more, nothing less.

And then there was me, listening, sitting far away from the camera objective and thinking to myself: “He is human; superficially different, fundamentally the same, trying to live his life in the best way possible. So why do we discriminate?”

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